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mardi 5 juin 2007

Le pont Mirabeau, de Guillaume Appollinaire.

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine

{Refrain:}
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse

{au Refrain}

L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

{au Refrain}

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine {x2}


{au Refrain, x6}


Paroles: Guillaume Apollinaire. Musique: Marc Lavoine 2001 "Marc Lavoine"
Mise en musique du poème de 1912.

Exploitation pédagogique:

http://www.leplaisirdapprendre.com/docs/chansons/en2004/chantent_france/f3.pdf

mardi 3 avril 2007

Cet amour.

Jacques Prévert.


Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré


Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux

Si joyeux
Et si dérisoire
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme tranquille au milieu de la nuit
Cet amour qui faisait peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blêmir
Cet amour guetté
Parce que nous le guettions
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié

Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié

Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C’est le tien
C’est le mien
Celui qui a été
Cette chose toujours nouvelle
Et qui n’a pas changé

Aussi vrai qu’une plante
Aussi tremblante qu’un oiseau
Aussi chaude aussi vivant que l’été
Nous pouvons tous les deux
Aller et revenir
Nous pouvons oublier
Et puis nous rendormir
Nous réveiller souffrir vieillir
Nous endormir encore
Rêver à la mort,
Nous éveiller sourire et rire
Et rajeunir

Notre amour reste là
Têtu comme une bourrique
Vivant comme le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le souvenir
Froid comme le marbre
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant

Il nous regarde en souriant
Et il nous parle sans rien dire
Et moi je l’écoute en tremblant
Et je crie
Je crie pour toi
Je crie pour moi
Je te supplie
Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s’aiment
Et qui se sont aimés
Oui je lui crie
Pour toi pour moi et pour tous les autres
Que je ne connais pas
Reste là
Là où tu es
Là où tu étais autrefois
Reste là
Ne bouge pas
Ne t’en va pas

Nous qui sommes aimés
Nous t’avons oublié

Toi ne nous oublie pas
Nous n’avions que toi sur la terre

Ne nous laisse pas devenir froids

Beaucoup plus loin toujours
Et n’importe où

Donne-nous signe de vie
Beaucoup plus tard au coin d’un bois

Dans la forêt de la mémoire
Surgis soudain
Tends-nous la main
Et sauve-nous.


Cet amour Paroles) de Jacques Prévert, dit par Serge Reggiani.

mardi 9 mai 2006

Le cancre, de Jacques Prévert (1900-1977).






Il dit non avec la tête

Mais il dit oui avec le coeur

Il dit oui à ce qu'il aime

Il dit non au professeur

Il est debout

On le questionne

Et tous les problèmes sont posés

Soudain le fou rire le prend

Et il efface tout

Les chiffres et les mots

Les dates et les noms

Les phrases et les pièges

Et malgré les menaces du maître

Sous les huées des enfants prodiges

Avec des craies de toutes les couleurs

Sur le tableau noir du malheur

Il dessine le visage du bonheur.




Jacques PRÉVERT, Paroles (1945)

©1972 Editions Gallimard

Chanté par Serge Reggiani.

jeudi 20 avril 2006

Liberté.

Sur mes cahiers d'écolierMon blog chanson et poésie francophones.

Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre

J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois

J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance

J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées

J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante

J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres

J'écris ton nom

Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente

J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade

J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique

J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent

J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies

J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide

J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite

J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni

J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend

J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence

J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui

J'écris ton nom

Sur l'absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort

J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenirs

J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté.

Paul ELUARD, Recueil Poésie et vérité (1942)
Lue par l'acteur Gérard Philippe.




http://platea.pntic.mec.es/~cvera/hotpot/liberte.htm

mercredi 19 avril 2006

Pour toi, mon amour.

Je suis allé au marché aux oiseaux
Et j'ai acheté des oiseaux
Pour toi
Mon amour

Je suis allé au marché aux fleurs
Et j'ai acheté des fleurs
Pour toi
Mon amour

Je suis allé au marché à la ferraille
Et j'ai acheté des chaînes
De lourdes chaînes
Pour toi
Mon amour

Et puis je suis allé au marché aux esclaves
Et je t'ai cherchée
Mais je ne t'ai pas trouvée
Mon amour.

Jacques Prévert (1900-1977): Paroles (1946).

http://lapoesiequejaime.net/prevert.htm

http://platea.pntic.mec.es/~cvera/hotpot/netquiz/dictee2/abc.html

Cette poésie est interprétée par Vincent Delerm.

Pour peindre un oiseau.



Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger...
Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau
Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter
Si l'oiseau ne chante pas
C'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l'oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Jacques Prévert (1900-1977): Paroles (1946).


http://lapoesiequejaime.net/prevert.htm


http://platea.pntic.mec.es/~cvera/hotpot/faireleportrait.htm


Cette poésie est lue par Renée Clermont.